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2008/12/17

Critique radicale de la démocratie (4)


Voici maintenant un quatrième problème, celui des stratégies électorales.

Qu’il s’agisse de valider un texte ou de choisir une personne, la dynamique des opinions conduit ceux qui veulent exercer le pouvoir à une tactique de conquête du centre [c’est à dire du neutre], nous dirions donc à la course vers la nullité.

D’un côté, les candidats trop brillants sont exclus par leurs pairs de peur de leur faire de l’ombre. Ceux d’entre vous qui ont eu le loisir de voir l’émission de télévision intitulée « le Maillon Faible » y auront certainement perçu une caricature de ce phénomène bien réel.

D’autre part, dans ce système, les différentes personnes sollicitant les électeurs et souhaitant être élus, doivent évidemment rallier à leur nom le maximum de suffrage. Le système artificiellement bipolaire actuellement en vigueur (mais induit par la réalité logico-mathématique sous jacente) permet à chacun de se positionner sur des territoires socioculturels et éthico-philosophiques théoriquement distincts (par exemple : populo-prolétarien travailleurs pro justice & égalité d’un côté, aristo-bourgeois nantis pro-vérité & liberté de l’autre). Pourtant, nous constatons régulièrement que, dans nos contrées, quand l’un l’emporte, c’est en grappillant sur le territoire conceptuel de l’autre.

En terme plus simple, quand la gauche gagne c’est avec les voix de droites, quand la droite gagne c’est avec les voix de gauche. Nous avons là un biais très grave qui induit une frustration systématique du corps électoral et le conduit à une défiance rampante dont les conséquences pourraient être à terme gravissimes.

13 commentaires:

Suicufnoc (jr) a dit…

Je me demande bien pourquoi je n'ai jamais fait de politique !

clodlemaire a dit…

et moi pourquoi je m'y suis essayé...

Meredith Benzazon a dit…

Euh.... sans commentaire

patbac a dit…

Le jour se lève peu à peu... il ne s'agit plus de critiquer seulement la démocratie et les valeurs qu'elle véhicule mais plutôt de dézinguer une de ses mécaniques, essentielle certes, celle qui la légitime, le vote. Ce n'est pas tant la démocratie qui semble en cause, même si intellectuellement l'exercice peut être plaisant, mais surtout la quête du pouvoir et le moyen "light" d'y parvenir, le scrutin populaire.

Je suis rassuré, la souveraineté du peuple étant, je l'avoue, une valeur que j'ai la faiblesse de partager avec l'homme libre. J'ose penser qu'elle préserve le mieux les plus faibles mais l'on peut toujours remettre en question les concepts de solidarité et d'égalité. Sans doute me suis-je égaré et, dans le titre "Critique radicale de la Démocratie", ne fallait-il voir qu'un souci dialectique de mettre en avant ses travers pour mieux les traiter en non pas une mise au pilori pure et simple de la vieille Athénienne. Il est vrai que certains lui préféreront éventuellement un des deux autres produits de substitution, l'Anarchie ou l'Autocratie. J'ai personnellement choisi mon camp et les jeux perso ne sont pas mon truc. Nous pouvons aussi tenter de parfaire le produit voire en concevoir un nouveau, ce que ce blog cherche à mettre en place, me semble-t-il. L'instant est donc à la critique et à l'étalage sans pudeur de cette bonne copine souvent lascive qu'il est toujours facile de traiter de putain.

Bref, revenons à cette quête du pouvoir et aux stratégies électorales liées au vote (il existe aussi la stratégie militaire pour arriver au même résultat). Je ne peux être que d'accord avec B.O.B. quand il présente ainsi le racket dont nous sommes, ma foi, régulièrement les complices et les victimes. Complices, bien sûr, car tout ce qui se décide en groupe (voire en couple) est soumis à un vote qui voit une décision l'emporter, quelle qu'elle soit. Pour remettre en cause la simple idée de vote ou de décision consensuelle, mieux vaut être seul sinon c'est le plongeon perpétuel dans le paradoxe existentiel. Bien, admettons que notre mental est à toute épreuve et que nous cherchons malgré tout une réponse à ce fondamental.

La conquête du pouvoir est un art et B.O.B. a bien raison de faire référence à un certain jeu mais il en existe bien d'autres (les Échecs de Machiavel ou Diplomacy) basés sur le même principe : la manipulation et l’alliance avec les plus faibles afin d'écarter les plus forts ou les plus talentueux. Ce système ne peut être que pervers car en effet, il phagocyte la qualité au profit de la quantité. Tout consensus possède en lui la somme de ses renoncements. On peut le déplorer mais c'est aussi à ce prix que certaines autres voix funestes sont muselées. Qu'est-il de funeste ou de bénéfique penserez-vous ? C'est justement à cette question que tente de répondre, maladroitement sans doute, la démocratie. Ni l'eau brûlante, ni l'eau glacée ne procureront le confort d'une eau tiède ou tempérée. Au-delà de la simple conquête du trône, c'est une tempérance tiède, un consensus mou qui est recherché. Réside en ce point, sans doute, le gage de la paix communautaire mais aussi, il est vrai, l'alibi absolu pour la manigance politicienne.

Autre effet bien plus pervers avec lequel mon accord est absolument sans réserve, évoqué dans "Critique radicale de la Démocratie (3)", celui de la moulinette électorale qui rend n'importe quelle viande faisandée propre à la consommation. Le passage par le vote démocratique transforme bien toute pensée radicale et exclusive en choix apparemment consenti de société. Les exemples sont innombrables et les libertés se soumettent jour après jour. Je vois là un réel danger démocratique. L'outil asservi ainsi celle qui l'a forgé.

La solution ultime consisterait donc en un vote basé sur l'unanimité ?

[ à suivre...]

clodlemaire a dit…

juste un petit mot pour rebondir sur le commentaire de Patbac:
-l'anarchie est (selon Karl Marx dans le Capital) le stade suprème du communisme...
-le vote à l'unanimité est également un procédé manipulable, grâce aux moyens de communication dont disposent les puissants.

Peut-être qu'un des moyens possibles d'améliorer le système démocratique réside dans le sanctionnement des programmes électoraux. En effet aujourd'hui n'importe qui peut se faire élire sur un programme qu'il n'est pas tenu d'honorer. Nos dirigeants y regarderaient certainement à deux fois avant de s'engager s'ils devenaient responsables de leurs engagements. Peut-être même qu'une nouvelle "classe" de dirigeants verrait le jour, qui se sentirait plus représentatif du peuple, d'ailleurs ils pourraient même s'appeler des "représentants du peuple".

patbac a dit…

Je vais donc, à mon tour, surbondir sur les propos de clodlemaire qui me paraissent, a priori, pétris de bon sens.

Mais avant tout un petit point sur l'anarchisme surestimé de Marx qui demeure toujours une polémique entre marxistes et anarchistes. Ces derniers cherchent avant tout à réhabiliter le Marx anarchiste afin de réhabiliter l'anarchisme tout court. L'anarchisme ou ce que l'on a plutôt qualifié chez lui d'anti-étatisme, demeure peanuts dans l'œuvre du Grand Homme. Ce thème aurait dû être éventuellement développé dans son "Traité sur l'État" qu'il n'a finalement jamais écrit. Mais je préfère écarter mes pas incertains de ce terrain que je suis bien loin de maîtriser et qui nous éloigne légèrement du sujet.

Concernant le vote à l'unanimité, je ne le crois pas aussi facilement manipulable quand il s'agit de millions d'individus devant voter à l'unisson. À dire vrai, je ne le crois pas réaliste du tout. Il suffit de voir comment fonctionne ce type de vote avec seulement vingt-quatre pays européens : grand patinage de semoule, tirage de bourre et fond d'impasse garantis.

Ensuite la manipulation est en nous et partout. Il me semble qu'elle est intrinsèque au langage et à la vie en société dès lors que les individus sont disparates : le faible manipule le fort, le seul manipule le groupe... dans son berceau le bébé s'y colle déjà pour s'affranchir de sa fragilité. Elle est effectivement l'arme qui s'est substituée au gourdin et heureusement.

Parlons des sanctions évoquées par clodlemaire. L'idée, a priori, est maligne, presque évidente. En effet, le système judiciaire, par exemple, se chargerait de révoquer les menteurs ou les inconséquents et il est alors permis de croire que le nombre de candidats aux fonctions publiques fondrait radicalement dans un premier temps. Ensuite, effectivement, apparaîtraient les nouveaux politiques, ceux qui suivraient la ligne, les vertueux....

J'y souscrirai volontiers à cent pour cent s'il ne déresponsabilisait encore d'avantage l'être social et public comme le fait déjà amplement notre société à travers ses Grands Censeurs que sont la Magistrature et la Police. Il est aisé d'être vertueux quand le fouet menace. Mais soit, admettons un instant que ces balises soient indispensables aux sociétés que nous avons engendrées, que l'ampleur démographique et la complexité des besoins et des outils nécessitent ces garde-fous... tout cela ne résoudrait en rien le problème initial que pose le suffrage majoritaire, il permettrait uniquement de mettre au rancard les trous du cul qui nous gouvernent...

... ce qui serait déjà un autre grand pas pour l'humanité.

[ à suivre ]

Suicufnoc (jr) a dit…

Camarades,
Pour autant que je m’en souvienne, la société sans classe évoqué par Marx n’a pas grand-chose à voir avec l’anarchie. Mais je vous exhorte à ne pas croire en la fin de l’Histoire, c’est un concept auto référent qui est plus proche de la parousie des écritures que d’une véritable pensée à caractère scientifique (donc réfutable). Ne trouvez-vous pas que Marx n’était en définitive qu’un vulgaire scientiste ?
S(jr

B.O.B. a dit…

Merci pour vos commentaires. Juste une petite précision : ma réflexion ne porte pas ici sur le « pouvoir ». Je ne suis pas certain qu’une réflexion sur ce concept puisse déboucher sur quelque chose de concret.

La question que je me pose et que je soumets à votre sagacité est :

- peut on imaginer des modes d’organisation des peuples (ou de l’espèce humaine toute entière) qui conduisent à un meilleur bien être et à un meilleur développement que le système dit « démocratique » actuellement en vigueur ?

Vous l’avez compris, je ne suis pas démocratolâtre dans le sens où je ne pense pas que la volonté du « peuple » soit nécessairement un mode de prise de décision optimum. Il y a évidemment des systèmes pires (voir même la blague de Churchill -il me semble- : le pire des systèmes à l’exception de tous les autres). Ce qui me semble bizarre c’est justement la réduction systématique aux 3 options : anarchie, démocratie, autocratie.

N’est-il pas possible d’imaginer d’autres options ?

B.O.B

B.O.B. a dit…

Au fait, j'ai traité - rapidement certe - de l'unanimité dans "Critique radicale de la démocratie (1)".

patbac a dit…

Une ultime parenthèse, concernant Marx, qui n'était selon moi aucunement anarchiste mais n'ayant jamais été assez intime je ne peux l’affirmer haut et fort. Le débat reste ouvert pour ceux que ça intéresse. J'estime qu'il demeure un théoricien de génie qu'aujourd'hui certains cercles intellectuels et politiques remettent au goût du jour après un quart de siècle d'oubliettes, crise financière oblige.
"Ça s'en va et ça revient" - C. François 1973.

Cher B.O.B.

Nous comprenons tous que la réflexion ne porte pas directement sur le "pouvoir", mais, hélas, ce dernier demeure le but ultime des hordes rugissantes qui entendent organiser et gérer nos sociétés. Il est donc normal que certaines transgressions apparaissent, le tout étant étroitement lié.

En outre, les différentes organisations mises en place par l'espèce humaine tout au long de son histoire ne reposent-elles pas justement sur cette soif insatiable de domination ? On peut également y voir l'un des stimulants nécessaires à notre cerveau qui lui permit de hisser notre espèce au sommet de la chaîne alimentaire.

L'exercice du pouvoir demeure enfin une composante essentielle dans la recherche d "autres options" d'organisation des peuples et il serait sans doute regrettable de ne pas en tenir compte. Il l'est en tout cas aujourd'hui dans l'ensemble des options de gouvernances disponibles et me paraît donc incontournable dans la réflexion qui nous réunit.

L'état des lieux fait apparaître, en effet, deux options en usage à la surface de la planète : la démocratie ou l'autocratie et, une troisième voie théorique, l'anarchie, négation des deux précédentes. Il s'agit bien jusqu'ici, d'un état des lieux, comme votre critique radicale l'envisage depuis le début. Cet étalage est indispensable pour mieux appréhender les mécanismes et envisager un autre chemin.

clodlemaire a dit…

Me revoici tel un kangourou pongiste encore à rebondir....
Démocratie...Autocratie...Anarchie...il manque encore communisme et le plus risible de tous : la "déocratie". Je ne suis pas sûr que le terme existe mais il me plait bien pour définir le pouvoir donné à un ou plusieurs Dieux, très différente de la théocratie qui, elle, est une société où le gouvernement est exercé par l'autorité religieuse en place. Le seul inconvénient de la Déocratie c'est qu'on a pas encore trouvé de candidat à la fonction...Je me demande si je ne vais pas postuler...à moins qu'un de mes plus proches amis n'y pense déjà...on avance, on avance.

patbac a dit…

Ciel ! J'avais oublié le communisme alors même que j'en fus membre il y a fort longtemps. Un acte manqué parfaitement réussi ma foi. Sans doute, même s'il gouverne un quart de la population mondiale, n'a-t-il de communiste que le nom ?...

Je proposerai, à l'instar de clodlemaire, la "Néocratie" pour baptiser cette nouvelle voie que nous finirons par découvrir.

[ à suivre ]

patbac a dit…

À propos de Néocratie et de Néocrates, ceux-ci sont apparus il y a un peu plus d'un an, dans le scénario d'un court-métrage que j'ai eu le loisir d'écrire et le plaisir de réaliser avec une bande de jeunes copains, actuellement en postproduction.

Cette fable noire et naïve s'intitule "J'éteindrai la lumière en sortant" dont vous trouverez le lien ici. Il y est question de tyrannie et de pire encore..

[ à suivre ]